LES COUPS DE COEUR DE VYVIE : REMY VALIN, ALM EVREUX

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Lahaou Konaté et Drake Reed, 2 de mes précédents COUPS DE COEUR ont 1 point commun : Rémy Valin. Rencontre avec le coach de l‘ALM Evreux.

Comment on attire des joueurs à Évreux?  Quels arguments on « met en avant » pour les décider à venir?
Les conditions budgétaires et la masse salariale du club sont très moyennes, donc  à chaque fois je  dois trouver des joueurs à gros potentiels qui ne sont pas « visibles » pour les autres, travailler avec de jeunes joueurs français qui sont responsabilisés, ou relancer des joueurs expérimentés restés « sur le carreau » (comme Lucas  Vebobe en 2009, Sambou Traoré en 2008, Philippe Da Silva en 2009). Ces  axes de recrutement, mêmes s’ils sont risqués, ont donné non seulement des résultats au club, mais aussi son identité.
Pour les joueurs américains, j’effectue un travail de scouting tout au long de l’année : je m’intéresse à l’ensemble des championnats partout dans le monde, je dégage une cinquantaine de joueurs que je vais suivre en permanence, espérant trouver la perle rare. Notre budget étant limité, les américains qui viennent voient surtout Evreux comme un tremplin pour la suite de leur carrière. Nous avons beaucoup d’exemples de joueurs venus d’outre atlantique qui ont réussis chez nous. Du coup, cela aide à faire accepter des salaires assez bas aux nouveaux venus.
Pour ce qui est des joueurs français, nous avons pris la décision de faire confiance aux jeunes, de leur donner du temps de jeu et des responsabilités. C’est notre argument majeur pour les convaincre de venir. Depuis 2 ans, on tourne avec 10 joueurs qui jouent réellement en match. Tous les joueurs qui sont passés à Évreux n’ont peut-être pas connu le succès qu’ils auraient souhaité, mais beaucoup on réussit, qu’ils soient américains, jeunes français, ou briscards. Le travail qu’on effectue ici peut donc permettre à un joueur de franchir des étapes et de s’épanouir. Charles Lombahe Kahudi, Nick Pope, Meredis Houmounou, Lahaou Konaté par exemple ont lancé leur carrière chez nous. Philippe Da Silva, Jeremiah Wood ont été MVP de la division, Steeve Ho You Fat et Clevin Hannah ont fini 2e des trophées MVP meilleur joueur étranger et meilleur joueur français, autant d’exemples qui sont de bons arguments pour nous.

trophée valin

Finalement beaucoup de joueurs, français comme étrangers, aiment revenir à l’ALM, ou en garde un excellent souvenir. Qu’est ce qui explique cet attachement selon toi?
Je pense que c’est essentiellement la proximité avec Paris, qui permet aux joueurs de pouvoir sortir dans les boîtes parisienne facilement. Lol !
Non, plus sérieusement, Évreux est une ville basket avec un public fidèle et une salle qui s’enflamme vite. Nous avons une base constante de 2200 spectateurs environ, des fidèles qui viennent quoi qu’il arrive, et dès que l’on enchaîne les victoires, la salle est pleine à craquer (3200 personnes max). C’est agréable pour un sportif, jouer dans ce genre d’ambiance chaude ça motive.
Le groupe de supporters du 6e homme, par exemple. Ils nous suivent souvent en déplacement, nous encouragent, nous offrent des cadeaux pour noël et la nouvelle année… Tout cela contribue à nouer des liens assez forts avec nos supporters, et cet engouement fait que les joueurs se prennent au jeu.
L’ALM, c’est aussi un club familial où les personnes qui y travaillent sont vraiment gentilles et où tout le monde respecte tout le monde. Du président à Elsa Toffin en passant par Delphine (secrétaire), Charline (la commerciale), ou encore Sylvain Grzanka (mon fidèle assistant) et Fabrice Lefrancois (entraîneur du centre de formation), on est en quelque sorte une grande famille qui dénote dans le monde pro je pense.

6eme homme
Entre blessures, départs, remplacements en cours d’année, renouvellement d’effectif d’une saison à l’autre, entre talents individuels et réussite collective, comment parvient-on à créer et maintenir une cohésion d’équipe?

C’est le plus dur, et chaque entraîneur le sait bien. D’autant plus quand il y a beaucoup de changements de joueurs d’une année sur l’autre, il faut alors repartir de zéro. A Évreux, le profil de nos d’équipes (jeunes joueurs inexpérimentés, américains découvrant le championnat), fait que notre jeu se base d’abord sur un fort socle défensif. Cela donne sa première identité au groupe en quelque sorte, mais permet surtout de pouvoir gagner des matchs dès le début de saison, de combler les manques offensifs (inexpérience, inconstance), et rapidement d’adhérer à un projet collectif. La cohésion se fait en grande partie par les victoires. Victoires qui ne peuvent arriver qu’en travaillant dur et en étant exigeant au quotidien. C’est comme cela que l’on crée une dynamique positive et qu’on forge les personnalités. Après, comme évoqué auparavant, le fait qu’Évreux soit une ville basket avec une salle qui vibre, influence également la dynamique du groupe.

Quels sont les ingrédients d’une équipe qui gagne selon Rémi Valin?
C’est bête à dire, mais c’est d’abord une équipe qui accepte de faire des efforts et de les répéter. Une équipe capable de faire des sacrifices sur le terrain, une équipe avec un maximum de joueurs capables de se mettre dans le rouge pendant les matchs sur une saison entière.
C’est aussi une équipe où tout le monde accepte son rôle et est conscient de comment aider le groupe grâce à ses qualités. Que tout le monde adhère au projet de jeu, c’est capital !
Ensuite il faut des leaders affirmés, qu’une forme de hiérarchie s’installe dans le groupe, sans que jamais un individu ne passe avant le groupe. Après, il faut que le talent des joueurs puissent s’exprimer, on ne peut pas gagner avec 10 joueurs « travailleurs de l’ombre ».

wood valin
Qu’est ce qui est le plus difficile à gérer  lorsqu’on est coach d’une équipe de pro B? Quelles sont les principales sources de motivation? De frustration?
Tout coach est payé pour gagner des matchs, donc il y a de la pression dans ce métier ! Pression que l’on apprend à gérer positivement avec l’expérience et qui est indispensable pour avancer. Je pense que le jour où elle n’existe plus, il faut arrêter ce métier.
La pro b, ne pose pas de réelles difficultés, si ce n’est que nous n’avons pas les moyens de gros clubs. Du coup dans notre travail au quotidien on a moins de « confort » : moins d’entraîneurs, pas de salle de musculation dans le gymnase, etc… toutes ces petites choses qui permettraient d’être plus efficaces et plus précis. A Évreux, comme dans d’autres clubs de pro b, on assure tous plusieurs jobs en même temps, le volume horaire de travail est par conséquent très élevé, et disons que l’on peut moins rentrer dans l’expertise.
Maintenant, si je dois lister mes principales sources de motivation :
          La compétition : jouer, gagner des matchs, c’est le plus excitant
          Voir progresser ses joueurs, notamment les jeunes. Quand un joueur fait un grand match, je suis vraiment heureux pour lui, même si je ne vais pas forcément le montrer.
          Voir son équipe combattre ensemble et jouer avec enthousiasme
Ma principale frustration : quand un  joueur n’y arrive pas dans mon équipe. Je crois que cela est le pire pour moi ! Et bien sûr quand mon équipe ne joue pas à son niveau d’intensité maximum. Quand après une défaite, on a le sentiment que l’on n’a pas tout donné pour essayer de gagner… 

Quel serait le moment le plus fort que tu aies vécu avec l’ALM, en tant que coach? En tant qu’homme?
J’ai vécu beaucoup de moments forts en 9 ans à Évreux, entre notre première victoire contre Nanterre à la maison en 2007 et aujourd’hui…
Mais si je devais lister les moments les plus forts, je dirai tout d’abord la victoire à Clermont – Ferrand lors de la saison 2009/2010, on gagne sur un tir au buzzer après prolongation. On avait décidé lors du dernier temps morts de tenter une « touche côté » que le coach Tanjevic faisait à l’époque avec la Turquie en sélection nationale quand les remises en jeu se faisant encore du milieu du terrain dans les 2 dernières minutes d’un match. Deux mois avant ce match ont avait évoqué cette touche avec Philippe Da Silva. Et ce soir-là, c’est justement une passe de 20 mètres de Philippe Da Silva, que Meredis récupère en alley hoop et finit en passant sous le cercle qui nous fait gagner.
J’étais vraiment ému après ce match car on était allé le chercher au courage. J’ai été tellement fier de mes joueurs, qui sont tous allés dans le même sens et qui ont vraiment donné tout ce qu’ils pouvaient. Il faut savoir que nous avions plusieurs blessés et qu’au cours de la rencontre 2 joueurs ont pris 5 fautes dans le 4e quart temps. Du coup, pour être 5 sur le terrain j’ai dû faire sortir Josh Gomes du banc alors qu’il s’était fracturé le nez au cours de la rencontre. Josh Gomes, qui sans protection, retourne dans l’arène… incroyable !!
J’en avais les larmes aux yeux, car je savais que ce genre de moment on n’en vit pas beaucoup dans une carrière. J’aimais vraiment beaucoup cette équipe 2009/2010. On s’est fait sortir au 1er tour des play-offs par Pau qui finira champion de France. Alors j’ai le sentiment qu’on est vraiment allé au bout de ce qu’on pouvait faire cette saison-là.
Le deuxième, c’est la victoire contre Limoges en play-offs 2011/2012. Gagner à Beaublanc en play-offs, c’est un moment que l’on ne peut pas oublier. Surtout que l’on avait connu une saison difficile, avec une qualification acquise lors de la dernière journée de championnat. On est arrivé à se surpasser sur ce match d’une manière incroyable. Un moment inoubliable ! D’ailleurs je pense que c’est la dernière défaite à la maison du CSP en play-offs depuis…

alm 2013

Quels joueurs t’ont le plus marqué jusqu’à présent?  Pourquoi?
          James Mathis : c’est le 1er américain que j’ai signé en tant que Head coach. Il est resté 3 saisons à Évreux, a été capitaine lors de ses 2 dernières saisons, et humainement c’est un homme en or.
          Micoud / Monnet / Boissié / Da Silva / Toffin : mes « grognards », des supers joueurs : intelligents, altruistes, qui connaissaient le jeu sur le bout des doigts, et de très gros compétiteurs. Ce sont des joueurs dont j’ai beaucoup appris. Des personnes avec qui tu peux échanger sur beaucoup de sujets, ouverts aux autres. D’ailleurs les dernières parties de poker dans le bus datent de leur époque. Et j’ai une affection particulière pour Micoud et Monnet, car lors de mes deux premières saisons ils ont été vraiment importants pourmoi.
          Wood / Reed : des « bêtes » de compétition, qui ont tiré notre club vers le haut, deux personnages totalement différents l’un de l’autre, mais tout deux attachants.
          Charles Lombahe Kahudi / Meredis Houmounou / Nick Pope : les 1er jeunes joueurs que j’ai eu. J’ai toujours suivi leur carrière de près, comme tous les autres. Avant d’être des bons joueurs ce sont de bons mecs.
          Costentin : « capitaine courage », qui fait passer l’équipe avant tout, spécialiste du «tout ce qui te fait gagner un match» mais que la plupart des gens ne voit pas, à l’exception de son coach et de ses coéquipiers.
          Lucas Vebobe : un joueur toujours à 300 % en match comme à l’entraînement, dur défensivement. C’est une personne qui donne tout lorsqu’il est sur le « rectangle ». J’adorais son jeu chez nous. Plein d’énergie, de combativité, et capable d’actions hyper spectaculaires. C’est aussi quelqu’un d’honnête et de très attachant.
Après il y a tellement de joueurs que j’ai apprécié, et j’ai eu la chance d’avoir beaucoup de bons joueurs qui étaient aussi des personnes attachantes : Steeve Ho You Fat (même si son réveil avait souvent un décalage horaire), Garry Florimont (un vrai travailleur, qui mérite d’être en pro A aujourd’hui) , Lahaou Konaté (qui est chez nous depuis 4 ans) etc…

mathis
Si on devait faire une « dream team » avec 10 joueurs ayant joué à Évreux, qui serait sur ta liste?
C’est très dur de dégager des joueurs, car la plupart des joueurs ont beaucoup donné pour ce maillot. Mais puisqu’on a le droit à 12 joueurs sur une feuille de match, donc je dirai :
          Meneur de jeu : Hannah / Da Silva
–         Ailliers : Charles Lombahe Kahudi  / Nick Pope / Lahaou  Konaté / Micoud
–          Intérieurs : Ho You Fat / Toffin / Reed / Vebobe
–          Intérieurs : Wood / James Mathis  / Florimont

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour 2015?
De jouer les play-offs pour la 6e saison consécutive se serait pas mal, et ce malgré un budget et une masse salariale qui n’a jamais été dans les 8 premiers ces 8 dernières années…
Et qu’un de mes jeunes joueurs français soit récompensé d’un trophée LNB.

 

 Pour suivre l’actualité de l’ALM Evreux, rdv sur leur site officiel : http://www.alm-evreux-basket.com/

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