LES COUPS DE COEUR DE VYVIE : MAM JAITEH

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Depuis son accession au niveau Pro, Mouhammadou Jaiteh, aka Mam’, cumule titres collectifs et performances individuelles. Du haut de ses 2m08, le Pantinois (93) semblait prédestiné à embrasser cette carrière de basketteur. Et pourtant…

Mam’ bonjour, pour ceux qui ne te connaîtraient pas : tu as intégré le centre fédéral en 2010, la pro B en 2012 à Boulogne, la pro A à Nanterre en 2013, tu t’es présenté à la NBA Draft 2015, et a participé à l’Eurobasket avec l’Équipe de France. Les choses vont plutôt vite et bien pour toi! Comment tu expliques cette ascension en si peu de temps? jaiteh
C’est vrai que les choses sont allées plutôt vite pour moi. J’ai eu de bonnes opportunités notamment grâce à des entraineurs qui ont su trouver les bons mots ou les bonnes méthodes pour tirer le meilleur de moi. La chance aussi d’être tombé sur les bonnes personnes, qui m’ont dit les choses qui m’ont vraiment marquées, et m’ont permis de comprendre comment progresser plus vite. Donc je pense que c’est une question d’être tombé au bon endroit au bon moment je pense. Ensuite une de mes forces est d’apprendre les choses très vite et de persévérer quand je n’arrive pas à faire quelque chose, je pense que tout ça m’a fait avancer très vite.
Après j’ai aussi eu mon lot de déception. La première vraie claque de ma jeune carrière ça a été la Draft qui ne s’est pas passée comme prévu. J’ai réussi à m’en relever plus facilement car j’ai eu le privilège d’être appelé à rejoindre le groupe France pour l’Eurobasket à mon retour. Jouer mon premier Euro en France en plus ça a été un moment assez exceptionnel. Ça m’a permis de passer vite à autre chose et aller de l’avant. Maintenant on n’est pas loin de la fin de saison avec Nanterre 92 et ça se passe plutôt bien, donc malgré cet échec aux USA, les choses se passent en effet plutôt bien pour moi, et c’est de bon augure pour la suite.

Justement comment tu as commencé ? Parmi ces personnes, tu mentionnerais qui particulièrement ?
J’ai commencé le basket à 13 ans. Avant ça je faisais du foot, mais j’avais des « grands » autour de moi qui me demandaient si je ne voulais pas plutôt faire du basket. Mais j’étais têtu, moi je voulais jouer au foot comme mes potes de l’école.  Puis un jour je suis allé voir un match de Malakoff en Nationale 3, et c’est la première fois j’ai vu des mecs plus grands que moi, qui faisaient des 2m alors qu’à l’époque je faisais 1m90. Du coup je me suis senti tout de suite à l’aise. Harold DACLINAT, un des joueurs de N3 était surveillant dans mon collège, et coachait aussi les Minimes alors il m’a recruté. Il m’a pris sous son aile et c’est comme ça que j’ai commencé. J’étais grand, mais je ne connaissais aucune règle donc il a passé énormément d’heures avec moi et voyait que j’étais réceptif à ce qu’il me disait. Il me poussait aussi bien sur le plan sportif qu’éducatif. Je me souviens d’une fois où j’avais été collé parce que j’étais arrivé en retard. Du coup j’avais loupé l’entrainement, et quand il a appris pour quoi il m’a puni à l’entrainement. Tout ça m’a permis de donner un sens à ce que j’entreprenais. Il y a aussi Saliou BA, nos parents se connaissent donc on est ensemble depuis très très longtemps. Il a fait partie de ceux qui m’ont poussé à faire du basket depuis le début. C’est un grand frère pour moi, il est toujours là pour moi, il m’aide et me soutient autant dans le basket que dans ma vie de tous les jours. Après il y a eu chacun de mes coachs, notamment le coach de Boulogne, Germain CASTANO. Je pense qu’avec lui je suis tombé sur LE coach qui me correspondait vraiment.

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Je me souviens d’une fois où tu me confiais avoir « développer un personnage qui te permettait d’être quelqu’un d’autre sur le terrain », afin de proposer un jeu plus « musclé ». Qu’est ce qui a fait émerger cet autre toi? Comment tu t’y es pris?
Je suis de nature « considérée » comme personne, très gentil dans la vie. Le problème c’est que cela pouvait être perçu sur le terrain comme un manque de férocité ou d’agressivité à certains moments. Cela me coutait beaucoup, surtout à mon poste car c’est un vrai combat physique dans la raquette. Du coup j’ai appris à me faire violence, à faire preuve de persévérance parce que j’ai vraiment envie de réussir. Donc maintenant, dès que je rentre je change de visage et cultive une sorte de colère qui me rend plus agressif.

2015 a été une année riche pour toi : belle performances en championnat et en Eurochallenge avec Nanterre, une participation à la Draft, une sélection en Équipe de France, une victoire au All Star Game … Comment tu as vécu tous ces grands rdv?
Oui clairement 2015 aura été une année magnifique, enrichissante en expérience pour moi. Malgré la déception de la Draft, c’était une année positive, car j’ai vécu des moments magiques, qui vont rester à vie Vivre une telle année, je pense que cela arrive à très peu de personne de mon âge. J’avais tout juste 20 ans, je jouais déjà 22 minutes avec Nanterre et on gagne un titre de champion d’Europe. Quand tu as l’opportunité de vivre ça, tu as juste envie d’aller gagner d’autres titres. La sélection en Equipe de France, ça a été la cerise sur le gâteau, car à vrai dire je n’y pensais pas du tout. En voyant les noms des intérieurs ça me paraissait compliqué… Sincèrement, j’y pensais plus pour les années à venir, mais pas si tôt.
Ça représente beaucoup pour moi de pouvoir jouer pour mon pays, alors une coupe d’Europe en France pour ma première sélection, c’est juste magique !

J’ai eu la chance aussi de remporter le All Star Game pour la troisième fois avec l’équipe française. Donc oui, tous ces événements me font super plaisir, mais je les prends surtout comme la récompense de mon travail et ma détermination. Car je pense qu’il est difficile de percevoir les difficultés que peut rencontrer un sportif. Vu de l’extérieur, les gens voient un résultat final, mais pas ce qui se passe entre deux matchs ou après une déception, et pourtant c’est là que c’est le plus dur pour nous.

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Justement revenons sur la finale de l‘Eurochallenge 2015. Comment on arrive à rester concentré lorsque 99% du public supporte l’équipe adverse et siffle chacune de vos actions?
Honnêtement, moi c’est quelque chose qui me fait plus « kiffer » qu’autre chose. Quand je suis arrivé dans la salle, je me suis échauffé normalement, puis pendant un court moment j’ai regardé autour de moi et je me suis dit « si seulement on pouvait trouver ce genre d’ambiance dans toutes les salles de basket ça serait parfait !». Je me suis vite concentré à nouveau, car en tant que joueur professionnel il faut savoir faire abstraction de ce qui se passe autour de toi quand tu es sur le terrain. Heureusement d’ailleurs, qu’on a su rester concentré car c’est clair que cela aurait pu nous déstabiliser et faire mal jouer.

À la fin du match on t’a vu guetter la table de marque qui analysait la validité du shoot de T.J Campbell, gros moment de stress pour tout le monde mais toi tu avais l’air d’être certain du verdict, lol. Du coup tu as quand même eu peur qu’on ne vous accorde pas ce panier? Ça change quelque chose à la manière de vivre une victoire lorsqu’on l’obtient au buzzer comme cela?
A aucun moment j’ai hésité sur la validité du panier, j’en étais sûr ! Maintenant ma crainte était par rapport aux arbitres, j’espérerais juste qu’ils n’allaient pas craquer sous la pression du public.  Je pense que c’était la plus belle manière de gagner cette finale, rires ! Une victoire reste une victoire, mais une victoire de cette manière-là !!! On se serait cru dans les films de basket américain vraiment, c’était tellement improbable. Un souvenir qui restera à jamais gravé dans ma mémoire !!

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Et ton séjour aux USA, comment ça s’est passé pour toi?  Qu’est-ce que tu retiens de tes quelques jours là-bas? Comment as-tu vécu la soirée de la draft ?
Ça c’était très bien passé à Chicago. Lors de la Combine tu rencontres toutes les personnes qui seront à la prochaine Draft. Donc ça m’a permis d’augmenter ma côte disons, de te mesurer à tous ces joueurs, de « prendre la température ». Mais surtout ça te rapproche encore plus de ton rêve : la NBA ! Ça te met vraiment le goût en bouche.
Après arrive LA soirée. C’est un long moment de stress ! Dès le matin, tu n’arrêtes pas d’y penser, tu t’imagines plein de choses, tu te fais tous les scénarii possibles… Tu te prends à rêver, tu t’imagines dans toutes les équipes, tu fais des recherches sur les villes que tu ne connais pas… Perso, ça m’a permis de ne pas me focaliser sur l’issu de la soirée toute la journée. Après la soirée débute et ça dure environ 3 heures. Les appels du premier jusqu’au 20è, j’étais plutôt serein parce que je ne m’attendais pas du tout à être appelé. Ensuite commence « ta tranche », et là tu espères entendre ton nom, tu t’imagines te lever et aller serrer la main d’Adam Silver.
Donc oui ce soir-là je suis passé par toutes les émotions possibles : j’ai rigolé, j’ai stressé, je me suis énervé, je n’ai pas pleuré mais suis vraiment passé par tous les états. Finalement, le moment le plus dur, a été la séance d’appel des 20 et 40è, car c’était là que je devais être appelé. Ça peut paraitre bizarre, mais le côté positif, c’est de ne pas avoir été appelé du tout. Je ne voulais pas être appelé dans les 40 – 60, car mon but n’était pas d’être drafté juste pour dire que j’étais drafté, mais bien pour intégrer une équipe. Donc dans mon malheur je me dis qu’au moins « je suis libre », que la porte reste ouverte car je n’appartiens à aucune franchise. Au final, ce que je retiens c’est la différence entre le jeu européens et le jeu américain, il est beaucoup plus rapide et athlétique c’est vraiment ce qui me plait. Après je suis vraiment resté sur une bonne note car mon séjour la bas m’a juste confirmé le fait que je peux prétendre intégrer la NBA au même titre que les meilleurs joueurs américains.

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