LES COUPS DE COEUR DE VYVIE : BROOKLYN, LE FILM

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Aujourd’hui je vous invite dans le monde du cinéma! Mais dans sa version Guérilla.
Rencontre avec Pascal Tessaud, un réalisateur pas comme les autres qui nous présente « Brooklyn ». Bien plus qu’un film, l’oeuvre d’une vie.

Alors Pascal, qui es-tu? Quel est ton parcours?
Je suis un réalisateur autodidacte, originaire du 78. Après des études de lettres à Nanterre Université, j’ai bossé sur pas mal de courts métrages, occupant différents postes. Petit à Petit je me suis rapproché de la réalisation. J’ai réalisé 4 courts métrages de fiction, des clips, des documentaires sur les musiques urbaines. Je viens de réaliser mon premier long métrage de Cinéma « Brooklyn« , en mode guerrilla, avec 40 personnes originaires de banlieue parisienne. Ce film est un film 100% hip hop qui a eu la chance d’être sélectionné au dernier festival de Cannes à l’Acid.

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Comment et quand t’es venue l’idée de faire ce film?
J’ai essayé de faire produire un premier long métrage sur lequel j’ai bossé 4 ans en écriture, mais malgré l’enthousiasme de scénaristes et réalisateurs, je n’ai pas rencontré « la bonne personne » pour produire ce film. Avec l’explosion du cinéma urbain (des films magnifiques tels que « Donoma« , « African Gangster » ou « Rengaine« ), j’ai compris que cette forme libre, guerrilla, me correspondait vraiment. Ce souffle nouveau m’a mis un coup de pied au cul. Avec une équipe motivée, jeune, et un appareil photo, on peut faire un film personnel, radical et libéré sans un rond. Je me suis donc décidé à me lancer à mon tour. J’ai écrit pendant 2 ans. J’avais envie de tourner dans les rues de Saint-Denis où j’habitais, avec des amis, acteurs non professionnels issus de l’univers du rap. C’était un vrai défi personnel! Me dire que, moi aussi, je peux raconter des choses qui me concernent et me touchent. Et le faire en mode hip hop indépendant, franchement ça m’excitait. Réaliser un long métrage comme on crée une Mixtape, avec de l’expérimentation, des prises de risques artistiques en tournant en improvisation dans la rue… c’est un retour aux fondamentaux, une déclaration d’amour à ma culture, le hip hop, et l’envie de faire le portrait de nombreuses personnes au charisme incroyable.

Tu as lancé une campagne de crowdfunding pour financer ton projet, quels arguments essayes-tu de mettre en avant pour convaincre un plus large public?
Même si « Brooklyn » est un film musical dédié au hip hop, c’est surtout le portrait d’un personnage principal féminin, Coralie, rôle tenu par une jeune rappeuse suisse de 22 ans, Kt Gorique, qui se bat dans un univers masculin pour vivre sa passion. Son parcours a une dimension universelle, c’est un voyage initiatique, car le personnage grandit en se confrontant à la réalité sociale et l’adversité. Du coup tout le monde peut se reconnaître en elle. La chance de ce film fait à l’arrache est qu’il a été sélectionné au Festival de Cannes (Acid). Au début, on craignait les réactions d’un public de pros du cinéma, non initiés aux codes de ce microcosme. On avait peur qu’ils ne soit pas touchés par notre histoire, donc on a été super surpris des retours chaleureux et qu’ils aient finalement plébiscité le film. Il y avait beaucoup de sourires, de chaleur dans leurs regards. Le film a été incroyablement bien reçu sur la Croisette et cela nous a donné confiance en nous. On s’est dit si les gens du hip hop aiment le film autant que le grand public, on aura réussi à créer une passerelle entre les mondes.
C’est un film à la fois féministe, indépendant et authentique, qui va à l’encontre des valeurs commerciales et ultralibérales du rapgame. Il lance un appel à la résistance dans les quartiers et replace l’éthique au centre des priorités. Notre société souffre de nombreux clivages, elle peut paraître violente et corrompue.  Un film comme BROOKLYN peut vraiment faire du bien aux gens, qui qu’ils soient, car il y a cette vibe humaine, cette authenticité qui peut toucher un large public. Mais notre film n’a pas été fait dans les règles de l’art de l’Industrie, c’est un film « pirate ». Nous cherchons donc à régulariser le film via cette campagne de crowdfunding sur Kisskissbankbank. Nous espérons ainsi compter sur une mobilisation collective pour financer les 20 000 euros nécessaires. Déjà plus de 200 personnes nous ont aidé à tourner le film, et nous en avons besoin de 300. Si la somme est collectée, nous pourrons régulariser le film auprès du CNC et ainsi pouvoir enfin sortir le film en salle !

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En fait, qu’est-ce qui est le plus dur quand on se lance dans ce genre de projet?

Le plus dur quand on se lance sans argent dans une aventure pareille, c’est de ne pas savoir si on va réussir à dépasser nos limites. Il fallait faire un vrai long métrage avec une micro équipe de 6/7 personnes au lieu des 30 habituelles. Chaque journée de tournage était un combat contre soi-même. Au quotidien, il fallait persuader toute l’équipe, les techniciens, les acteurs que ce que l’on faisait avait de la valeur. Tout reposait dans la foi à toute épreuve qu’il fallait transmettre à l’équipe. J’étais déterminé à faire un vrai film de cinéma, avec des débutants certes, mais je croyais en leur potentiel. Après, toutes les étapes ont été dures, la préparation, le tournage, la phase de montage qui a duré 5 mois… donc on doute forcément. On s’est cherché, on a refait des séquences en plein montage, et on a même du accélérer la post-production suite à notre sélection cannoise. J’ai réussi à convaincre d’excellents techniciens du cinéma, engagés, d’intervenir à chaque étape du projet pour améliorer la qualité du film.
Finalement, le plus dur est d’y croire tous les jours. Le cinéma guérilla, est fragile, semé d’embûches, tu dois faire face à des obstacles en permanence, ça pompe beaucoup d’énergie. Heureusement j’en avais à revendre!

Qu’est-ce qui fait qu’on lâche pas l’affaire justement?
Sincèrement, j’ai risqué ma vie avec « Brooklyn ». J’ai joué ma peau et mes économies sur ce projet, ça m’a obligé à dépasser mes limites et à faire un film sincère, vivant et maîtrisé. Même si on fait un film sans thune on n’a pas relâché notre garde, comme en boxe, on a été vigilant et exigeant en permanence et dans tous les domaines, on ne pouvait pas faire un navet! en plus, j’avais une responsabilité vis à vis de toute l’équipe. J’ai fait rêver 40 personnes, à leurs dire « on peut y arriver, on peut faire un long métrage à l’arrache ». Ce qui est fort c’est que tout le monde a donné de sa personne : Kt Gorique l’actrice, les comédiens, les techniciens, tous se sont défoncés sans compter sur le tournage, et en montage pareil. On a tellement transpiré sur ce film que je ne pouvais juste pas les décevoir!  Mon objectif personnel était de les amener au festival de Cannes. Ça paraissait fou. Et finalement l’Acid nous a sélectionné parmi 9 films sur 400. J’étais soulagé et tellement content pour eux! C’est une vraie reconnaissance pour tous ces talents qui ont réussi, ensemble, une oeuvre collective, et surtout une belle manière de les remercier tous, car ils le méritent. Comme quoi, quand 40 personnes intelligentes et talentueuses se retrouvent sur un projet commun, et bien que la plupart d’entre eux n’avait soit jamais joué dans un film, ni jamais tourné de long métrage, et bien ça peut faire des étincelles! « Brooklyn » au final c’est la preuve qu’il y a des portes ouvertes même pour les néophytes !
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Au delà de raconter une histoire et de mettre en avant des talents « made in banlieue », tu étais donc déterminé à partager des valeurs humaines universelles. Comment tu résumerais la philosophie de Brooklyn le film?
Déjà le message numéro un, c’est « arrêtez de d’attendre l’autorisation des décideurs pour exister et pour créer ». Il faut s’affranchir de la peur, du besoin de reconnaissance et s’exprimer avec ses tripes de façon viscérale. Après la philosophie du film est de s’accomplir dans son domaine, non pas pour le regard des autres, mais pour répondre au besoin vital de faire ce que l’on aime dans la vie. En ce sens, le film est aussi une réflexion sur la réussite. C’est quoi réussir sa vie? Devenir une star, gagner beaucoup d’argent, se concentrer sur ses propres intérêts ? ou bien atteindre un épanouissement personnel peut être plus modeste, moins tape à l’œil, mais au sein d’un groupe, d’une équipe, d’une association, dans une dimension plus collective. Le film dépasse le monde du rap pour apporter une réflexion sur la mentalité de la jeunesse française des quartiers et cherche à mettre en valeur l’importance du lien et de l’unité, dans une société qui repasse en mode apartheid pour reprendre la petite phrase de Valls (j’assume d’ailleurs totalement l’aspect politique du film). L’argent semble parfois être l’unique source de joie, de bonheur de nos jours. En réalisant un film avec l’aide d’associations solidaires, en se reposant principalement sur la richesse humaine, en partageant nos espoirs et en faisant preuve de courage, on veut montrer qu’il y a d’autres formes de réussite en Occident, d’autres valeurs.

Qu’est-ce que tu attends de sa projection en salles?
Notre sélection au festival de Cannes a vraiment boosté le film. On a aussi été sélectionné dans une quarantaine de festivals en France et dans le monde. On ne s’attendait pas à ça, c’est une sacrée surprise.  En plus dans tous les pays où le film est passé, les salles étaient pleines, alors que nous n’avions pas d’attaché de presse. Comme quoi, les gens sont curieux et veulent des oeuvres authentiques, atypiques et singulières. Du fait de sa totale liberté de fabrication, « Brooklyn » apporte de la fraîcheur dans une industrie culturelle française un peu trop calibrée. Aujourd’hui on veut proposer une bouffée d’air frais au plus grand nombre. Mais on est confronté à de sacrés obstacles des institutions qui veulent se débarrasser de ce genre de films.
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Quelles sont les prochaines étapes?
Et bien, nous devons atteindre les 20000 euros sur le site de Kisskissbankbank. A ce jour, nous avons atteint 80% du premier seuil de 10 000 euros, c’est déjà super, mais nous devons espérer encore plus. Si on parvient à collecter cette somme, et obtenir des subventions, nous pourrons enfin légaliser le film. Lui donner des papiers pour enfin exister et sortir dans les salles de cinéma.

Comment on peut suivre l’avancée du projet?
En nous suivant sur les réseaux sociaux, la page facebook du film: https://www.facebook.com/pages/Brooklyn-le-film/1418290815066498?ref=hl et surtout en participant au projet de crowdfunding : http://www.kisskissbankbank.com/brooklyn-le-film-hip-hop–2

Un dernier mot pour nos lecteurs?
Je pense que ce qui fait bouger la société part toujours de petites initiatives locales au début, quelque soit le domaine – politique, social, culture, musique, cinéma, éducation, prévention, solidarité -, ça commence avec des personnes déterminées et réellement engagées. Au final, avec peu, on peut accomplir des exploits, déplacer des montagnes. En s’unissant autant autour de ce film, une poignée de banlieusards a défié les lois du cynisme et fait exploser le plafond de verre du déterminisme. Les banlieues, la province, les campagnes regorgent de talents méconnus. Où que l’on soit, il ne faut pas désespérer, il faut s’organiser. Pour agir sur le terrain, pas besoin d’argent, il suffit d’avoir des convictions et d’agir collectivement. Un groupe commence à 2-3, et à partir de là, si le projet est sérieux et basé sur des valeurs communes, ça peut aller très loin.  Car, en cours de chemin, on peut rencontrer beaucoup de personnes sensibles à sa cause. Donc, vraiment, il faut se débarrasser de cette peur d’échouer, oser prendre des risques et aller au bout de ses rêves les plus fous ! Le plus dur c’est juste d’y croire. Ensuite, nous sommes confrontés à un système qui veut bloquer ce genre d’initiatives. Au pays de la Liberté d’expression, il faut produire des œuvres libres de la marge et se battre pour les confronter au pouvoir médiatique et culturel. C’est un rapport de force, et avec « Brooklyn » on va se battre pour que la banlieue et le Hip Hop aient le droit de s’exprimer dans un art de riches : le cinéma.
brooklyn team

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