LES COUP DE COEUR DE VYVIE : Hervé DUBUISSON

Rejoignez nous sur FACEBOOK

Il est le basketteur français de tous les records : Hervé Dubuisson, aka Dub, est aussi un homme qui revient de loin. Tel le Phoenix qui renaît de ses cendres, il se raconte dans un livre « Une vie en suspension ». Rencontre avec une légende.

Hervé bonjour! Les fans de basket vous connaissent sous le nom de « Dub », d’où vient ce surnom?
Bonjour ! Mon surnom est né lorsque j’étais joueur pour le club du Mans au début des années 80. Ce sont mes co-équipiers qui m’ont surnommé comme ça, j’imagine que c’était plus simple et court que Du-bui-sson, pour s’appeler sur le terrain ! Durant ma carrière j’ai eu d’autres surnoms : « la gâchette » ou « Dub la main chaude », mais Dub est celui qui est resté jusqu’à aujourd’hui, même les fans et supporters m’appellent encore comme ça.

Vous êtes encore aujourd’hui le basketteur français cumulant tous les records. Nicolas Batum, qui fait la préface de votre livre, se réfère à vous comme son idole. Alors, ça fait quoi « d’être l’idole des jeunes », ceux qui eux-mêmes font rêver la nouvelle génération?
Ça fait plaisir ! Il est important, quelque sport que ce soit, de connaître ceux qui vous ont précédé et écrit l’histoire de votre sport. Moi j’admirai Jean Degros et Jean-Pierre Staelens avec qui j’ai débuté à Denain à l’âge de 14 ans et demi. Ils étaient mes références. Aujourd’hui le fait que Nicolas Batum signe ma préface est un honneur, j’adore ce joueur qui porte le maillot de l’Equipe de France avec fierté et amour comme moi à l’époque. On partage des moments ensemble, on discute…Et si mon expérience peut lui être utile, j’en suis heureux. Plus largement, constater que je n’ai pas été oublié malgré les années et mon accident me fait chaud au cœur, le basket c’est toute ma vie.

IMG_4619

Alors votre autobiographie sort en librairie me 15 octobre prochain. Vous avez confié au Parisien que vous souhaitiez écrire ce livre maintenant car certains disaient que vous « apparteniez au passé ». Pourtant à ce jour, aucun joueur français n’a égalé vos records… Avez-vous eu le sentiment d’être oublié au fil du temps? Pour quelles raisons?
Oui, c’est vrai qu’après mon accident, les coups de fils ce sont faits plus rares… Mais ça permet de faire un tri naturel dans les « amis ». D’un côté je peux le comprendre et je n’en veux à personne, je n’étais plus le même homme et les gens ne savent pas forcément comment vous aborder après ça. Je suis passé en une nuit de star du basket à plus rien…c’est perturbant. Alors quand j’ai pensé à raconter ma vie, il y a dix ans déjà, certains journalistes à qui j’ai demandé d’écrire ma vie pensaient que j’étais « has been » parce que je n’étais plus dans l’actualité. Ils ne pensaient pas qu’un éditeur serait intéressé par l’histoire d’un basketteur star des années 80-90, même si je ne suis jamais tombé dans l’oubli de la sphère basketballistique puisque mes records tiennent toujours !

Dans ce livre vous semblez vraiment vous livrer à Stéphanie Augé, vous dites même qu’elle vous « à appris des choses sur vous ». Comment votre collaboration a vu le jour? Comment parvient-on à se dévoiler autant au grand public?
Stéphanie Augé a fait un travail remarquable. Elle ne connaissait pas le basket, elle tout lu, vu, appris en six mois ! Je l’ai rencontrée dans ma sphère privée il y a trois ans. Elle ne savait pas qui j’étais, n’était pas « fan » de moi et donc n’avait aucun a priori. De plus on partage une expérience forte. Son père a eu un accident il y a dix ans quand elle était étudiante à l’Ecole de journaliste et il est aussi traumatisé crânien. Elle a donc éprouvé tous les moments difficiles que l’accidenté traverse mais aussi ses proches et sa famille. Je n’ai pas eu peur de me livrer à elle parce que je savais qu’elle me comprendrait et qu’elle ne me jugerait pas pour mon amnésie ou mes absences. On a passé beaucoup de temps ensemble, à parler, à regarder des photos, des vidéos pour stimuler ma mémoire. Et oui, elle a retrouvé des anecdotes et des histoires que j’avais oubliées en contactant mes copains et coéquipiers de l’époque. Ça fait drôle de lire sa propre histoire et de découvrir des choses dont on ne se souvient plus ! Je suis heureux de me livrer au public et de pouvoir enfin raconter ce qu’il s’est vraiment passé. Je veux que  ce livre, outre le fait de raconter ma vie de basketteur, soit aussi un témoignage d’espoir pour tous les accidentés de la vie.2015-10-04 22.38.07

J’ai lu que vous aviez le sentiment « d’être né sous une bonne étoile. » Pourtant cet accident de moto a failli vous coûter la vie, et a mis votre « vie en suspension » justement. Qu’est-ce que cet épisode tragique à déclencher chez vous ? Comment avez-vous géré « l’avant après »? Vous avez senti un changement dans le regard des gens, une manière différente d’interagir avec vous ?
Oui, je suis convaincu d’avoir une bonne étoile au-dessus de la tête ! D’abord par mon parcours. Je suis un petit ch’ti né dans un milieu modeste qui n’avait rien à voir avec le basket. J’ai eu la chance d’avoir un don, et la chance que ce don soit repéré par les bonnes personnes alors que j’étais enfant. J’ai vécu une vie extraordinaire avec le basket, voyagé aux quatre coins du monde, participé aux Jeux Olympiques… J’ai rencontré des personnes magnifiques. Tout ça, ça devait être écrit parce que rien ne me prédestinait à vivre cette vie. L’accident est venu fracasser tout ça, mais ma bonne étoile ne m’a pas quitté, je n’aurai pas dû survivre. Quand je vois certains qui perdent la vie ou restent encore plus handicapé que moi alors que leur accident semblait moins grave, je me dis que je suis chanceux malgré tout. Après l’accident, quand j’ai du tout réapprendre je me suis détesté, d’autant que j’ai appris que je ne pourrai plus jamais exercer mon métier d’entraîneur. J’ai été touché au lobe temporal, du côté émotionnel du cerveau, je suis donc incapable de contrôler mes émotions, c’est à dire que je suis « sans filtre » ! Ce qui est incompatible avec les exigences du métier de coach. Alors oui, j’ai traversé une longue phase de dépression, c’était dur physiquement et moralement. Heureusement que mon épouse Madléna et mes amis fidèles, Tiburce et Xavier étaient là pour me porter et m’encourager au quotidien. Evidemment, le regard des gens change. Ils se sentent  impuissants et ne savent pas trop quoi vous dire, mais j’ai ressenti beaucoup d’amour et de chaleur humaine, je la ressens toujours d’ailleurs.

Vous avez été le 1er joueur français à porter un maillot NBA. Vous aviez 24 ans, vous souvenez de ce que vous aviez ressenti à ce moment-là?
J’ai eu la chance d’échanger avec Dominique Wilkins lors de son passage au Nba 3x en 2014, je lui avais demandé « comment on reprend une vie « normale » après avoir évolué NBA? ». Ça l’avait fait rire! Il faut dire que la ligue américaine fait rêver au-delà même des fans de basket. Alors vous, comment vous avez vécu cet « après Nba »?
J’avais 26 ans. Bien sûr c’était une expérience hors-norme d’autant que j’étais le premier européen à être drafté en NBA en 1984. J’étais fier de partager le ballon avec des joueurs américains de ce talent et de cette trempe. C’était dur par contre ! Physiquement à cette époque ils avaient un niveau supérieur et il n’y avait pas de copinage, chacun jouait sa place, le rôle de sa vie.
Je suis rentré sans regret et j’ai repris ma carrière au Stade Français sans regarder en arrière et comme si de rien n’était. Je crois que ça n’a rien changé chez moi mais il faudrait le demander à mes copains de l’époque ! Stéphanie a retrouvé des témoins du jour où j’ai atterrit à Paris et d’après eux j’étais toujours le même ! Rien ne m’est monté à la tête dans ma carrière, je n’aime pas les prétentieux et je crois, j’espère ne l’avoir jamais été.

Joueur, coach, conseiller sportif et aujourd’hui « écrivain », quels sont les prochains objectifs que vous vous fixez, les projets qui vous tiennent à cœur?
Profiter de cette deuxième vie, prendre des vacances avec mon épouse sur une plage déserte et profiter de ce livre pour rencontrer mes fans et lecteurs. J’ai envie de parler avec eux et les remercier pour leur soutien durant toutes ses années. La vie est belle !

2015-10-04 22.36.24

Quel regard vous portez sur le basket d’aujourd’hui ?  Est-il différent de celui que vous avez connu en tant que joueur?
Je suis attentivement le basket français, en championnat de France et en Equipe de France. Je crois que nous avons la meilleure équipe que nous n’ayons jamais eue ! Individuellement ils sont tous très forts, capables de jouer à plusieurs postes et physiquement ils sont magnifiques ! Il faut maintenant qu’ils jouent plus en fluidité et en rapidité. C’est avant tout un sport collectif, et on peut gagner un match sur la force du groupe ! Ils doivent toujours rester soudés. Avec un collectif fort et des joueurs qui prennent leurs responsabilités au bon moment, on peut tout gagner !

Un dernier mot pour nos lecteurs? Un message à faire passer aux jeunes joueurs qui débutent leur saison?
Le secret de tout ça c’est la confiance en soi. Il faut travailler dur pour consolider ses qualités naturelles et améliorer ses défauts. Il ne faut pas douter de soi, se lancer et oser. Avec de la volonté, tout est possible !

Merci pour cet entretien Dub!

IMG_5450

« Une vie en suspension », par Stéphanie Augé (Ed. Ipanema). En librairie le 15 octobre 2015. Pré-vente et vente Fnac et Amazon.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.




%d blogueurs aiment cette page :