LES COUPS DE CŒUR DE VYVIE : ALOYSIUS ANAGONYE (VF)

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@JeanPhilippeCarlier

Connu et reconnu pour ses qualités physiques et son jeu, Aloysius Anagonye fait parler son talent sur et hors du terrain depuis des années. Mais que savez-vous de l’homme qui se cache sous le maillot? 

Cela fait une dizaine d’année que tu joues au basket maintenant. Quand et pourquoi as-tu choisi le basket ?
J’ai commencé à jouer au basket quand j’avais 12 ans, je voulais juste jouer avec les autres enfants. En tant qu’américain d’origine nigériane c’était ma façon à moi de m’intégrer. Depuis je passe toutes mes journées sur le terrain. J’essaie vraiment de profiter de chaque instant car je sais que tout peut s’arrêter du jour au lendemain. Je suis reconnaissant de pouvoir être basketteur professionnel. Je le vis comme un don du ciel. Je remercie Dieu chaque jour de me permettre d’en vivre car je sais que cela n’est pas donné à tout le monde et que rien n’est jamais acquis.

Tu as joué pour l’équipe nationale du Nigeria, tu as organisé un tournoi panafricain l’an dernier, et tu assistes à tous les événements afro qui se tiennent à Paris.  Comment tu décrirais ta « relation » avec l’Afrique? Qu’est-ce que les gens devraient savoir de l’Afrique selon toi ?
Je suis afro-américain. Je suis américain ET africain, et j’en suis fier. C’est pour cela que j’essaie d’apporter mon soutien à différentes causes. Au delà d’apporter mon soutien, je veux surtout témoigner ma reconnaissance envers mes deux continents. On se demande toujours quel sera le prochain eldorado. Moi je suis convaincu que l’Afrique est l’avenir, et j’aimerai que tout le monde en ait conscience. Les USA, et d’autres pays d’Europe et d’Asie sont maintenant présents sur le continent. L’Afrique est déjà l’avenir ! Je me dois d’être un de ses ambassadeurs.

Justement, que t’apporte chacune de ces cultures? Quelle(s) différence(s) tu ferais entre les deux ?
En tant que Nigérian, tu dois savoir être plein de ressources. Au Nigéria, avec de simples sacs plastiques on te fait un ballon! C’est une des choses que j’aime le plus de mon pays, les gens parviennent toujours à trouver un équilibre et réaliser de belles choses avec des petits riens. On y apprend à rester focus, à relativiser, et c’est  primordial pour « survivre ».
En tant qu’américain, on m’a appris à travailler dur, pas seulement pour être meilleur chaque jour, mais pour être meilleur que tout le monde.

Joueur de basket, businessman, conférencier, coach, tu fais beaucoup de choses différentes. Comment tu présenterais Aloysius Anagonye aux gens?
Comment je me décrirai ? Tout d’abord, je suis celui que tu vois. C’est important de le préciser. Je suis un homme avant tout. Je fais des erreurs comme tout le monde. Ceci étant dit, il faut aussi savoir que j’ai passé toute ma vie à déménager, à vivre dans des lieux très différents. Donc je le vis mal quand on essaie de me résumer à une seule chose.  Au premier abord beaucoup peuvent voir « un grand noir de Detroit », et tomber dans des clichés. J’aime et m’intéresse à des choses vraiment variées. J’aimerai que les gens perçoivent cette diversité quand ils me voient, et se rappellent qu’il ne faut pas se fier aux apparences.

Je suis bien placée pour savoir que tu es accro au travail. Tu es toujours sur dix mille choses en même temps et tu es très difficile à focaliser, rires! Qu’est-ce qui te motive vraiment au quotidien? 
Qu’est-ce qui me motive? C’est une question intéressante !
Avant tout, en tant qu’adulte je dirai : apprendre. Apprendre le plus possible et en faire profiter mon fils, mes neveux et les gens qui m’entourent. J’ai moi-même tellement appris des autres que j’estime qu’il est temps que je fasse de même.  Ce qui me motive vraiment c’est de me dire « que puis-je faire maintenant pour être meilleur qu’hier, meilleur qu’il y a 1 heure »? . On fait tous des erreurs au cours d’une journée. Je suis très difficile avec moi même car je veux sans cesse m’améliorer.
Et oui, j’adore travailler. Pour moi travailler fait partie de la vie de tout être humain. Ma conviction, c’est que l’on a tous un rôle à jouer sur cette terre et que nous sommes tous là pour nous entraider. Pour moi, travailler dur, travailler sur soi, sont les seuls moyens d’apprendre et d’aider l’autre.

Tout ceux qui t’ont rencontré savent que tu es quelqu’un de très sociable. Mais je sais qu’il s’agit avant tout pour toi de pouvoir apporter ton soutien aux gens. Ton mantra c’est même : « #AlwaysSupportingGoodPeople ». Dirais-tu que le soutien se fait rare de nos jours? Est-ce que toi même, tu t’es toujours senti soutenu?
C’est vrai je suis sociable. Pourtant plus jeune, j’étais plutôt timide. J’étais introverti, je n’aimais pas trop parler aux gens, j’étais vraiment renfermé. Je fronçais même des sourcils pour éloigner les gens. Puis j’ai découvert le basket. Ça m’a permis de m’ouvrir et de m’exprimer verbalement et physiquement. Le basket m’a façonné. Mon père, mes coachs, et d’autres gens m’ont aidé à affirmer ma personnalité. J’ai eu la chance d’être entraîné par d’excellents « coachs », aussi bien dans ma carrière que ma vie, et tous ces gens m’ont aidé à devenir l’homme que je suis aujourd’hui.
Je pense qu’il est important d’encourager les gens qui réussissent et se donnent du mal. Personnellement, ça me tient à cœur. Je veux être là pour ceux qui travaillent dur et essaient de donner le meilleur d’eux-mêmes. Peu de gens ont conscience de ce qu’est le véritable soutien. Le soutien inconditionnel. Celui que tu reçois dans les bons comme les mauvais moments. Et pour cela il faut déjà que les gens sachent ce que tu vis, que tu prennent le temps de partager avec eux. Il faut savoir s’ouvrir pour permettre aux gens d’être là pour toi.  Moi-même j’ai beaucoup travaillé pour m’améliorer, et j’ai eu la chance d’avoir le soutien de ma famille, de mes coachs, de mes amis, des amis de mes amis, etc… Cet entourage n’a jamais cessé de grandir depuis.

En mai tu vas participer au #TedxIHEparis, tu dois intervenir pour partager ton expérience et tes actions pour inspirer la jeunesse. Quelles sont les expériences que tu comptes partager à cette occasion?
Mon intervention vise à montrer que le sport est plus qu’un jeu. Je veux insister sur ce que m’a appris ma carrière de sportif. Que tout ne se résume pas à gagner ou perdre, mais aux leçons que l’on peut tirer de chaque expérience. Comment elles nous façonnent en tant que personne mais aussi notre vie entière. Je suis moi même surpris de tout ce que ma carrière de sportif a déjà pu m’apporter. Elle m’a conduit en Espagne par exemple, où j’ai rencontré la mère de mon fils.
Devenir père, et les responsabilités que cela implique, m’a profondément changé.
L’an dernier je me suis blessé, rupture du talon d’Achille. J’étais loin (Turquie) de tout et tout le monde et je n’ai pas pu passer de temps avec lui pendant une longue période. Mais le seul fait de savoir qu’il est là quelque part, me donne de la force. Me donne l’envie de me lever le matin et de me battre car je sais que je ne le fais pas seulement pour moi.
Il est aujourd’hui ma principale source de motivation, j’ai à cœur de le rendre fier de moi. Qu’il se dise que quoi qu’il arrive, son père se donne les moyens de réussir. Je ne veux surtout pas le décevoir !IMG_0007

Tu organises un camp de basket à la fin du mois, qui s’adressent à des enfants français et des réfugiés Syriens. Je sais que ce projet-ci te tient particulièrement à cœur, qu’il s’agit pour toi d’un moyen d’encourager la jeunesse et de « construire des ponts pour que les communautés se rencontrent ». Concrètement quels résultats espères-tu obtenir à l’issu de ce camp de basket? Quelles sont les valeurs que tu souhaites partager avec les enfants qui y participent?
Le camp que nous organisons s’appelle « Play for Play » (Jouer pour jouer). Comme son nom l’indique nous voulons que des enfants français et syriens puissent simplement jouer, s’amuser ensemble. La plupart des camps aujourd’hui sont organisés pour pousser les enfants à travailler dur dès le plus jeune âge, avec pour principal espoir d’intégrer la NBA plus tard. Moi, je me souviens avoir commencé à jouer au basket, juste pour m’amuser et m’intégrer. C’est cela que je veux créer avec Play For Play. Faire que les enfants se rencontrent, qu’ils s’amusent. Bien sûr, trois jours c’est trop court pour inculquer toutes les valeurs que nous aimerions partager avec eux. Mais c’est un bon début. Nous espérons ouvrir leurs esprits, leur permettre de partager leurs expériences, d’apprendre de l’autre. Les enfants réfugiés ont une histoire à raconter, et les jeunes français aussi. Ils ont beaucoup à apprendre les uns des autres. Ce camps c’est l’occasion pour eux de s’asseoir ensemble, de se parler, de s’écouter, de se rencontrer, tout en s’amusant sur un terrain de basket.

A mon tour de te poser cette question : « te souviens-tu de ton enfance? Quelle est la chose qui paraissait être la plus importante pour le jeune Aloysius Anagonye? ». Tes priorités ont-elles changé en grandissant?
C’est assez drôle mais oui je me souviens parfaitement de moi enfant. Et finalement à part ma taille, mon poids, mon style vestimentaire et la taille de mes chaussures, rien n’a vraiment changé. Bon, comme tu me l’as fait remarqué j’ai aussi moins de cheveux, rires! Enfant, je voulais surtout que mes parents soient fiers de moi, même quand j’échouais. Je ne voulais simplement pas les décevoir. Ce qui change aujourd’hui c’est que c’est mon fils et mes neveux que je ne veux pas décevoir. Je veux qu’ils soient fiers de leur père, de leur oncle. C’est vraiment important pour moi. Maintenant c’est eux que je veux rendre fiers de moi.

Tu parles souvent de vouloir faire de ce monde un monde meilleur pour les enfants justement. Cela passe par quoi pour toi, qu’est-ce qui te ferait dire que tu y parviens?
Je veux offrir un monde meilleur à mes enfants, car au final c’est aussi m’assurer que ce monde sera meilleur pour moi. Aujourd’hui je suis (encore) jeune et en bonne santé, mais je sais que le jour viendra où je serai vieux et faible. Les enfants d’aujourd’hui sont les forces vives qui prendront soin de nous demain. Nous nous devons donc de leur offrir un monde dans lequel ils pourront et prendre soin d’eux et prendre soin de nous. Pour y parvenir nous devons déjà essayer ! Essayer encore, et toujours. Même quand on essaie et qu’il semble ne rien se passer, moi je dis qu’il nous faut continuer d’essayer. Il faut persévérer, un jour au l’autre ça finira bien par payer. Il suffit que des gens y croient suffisamment pour en convaincre d’autres et tout peut aller très vite. L’optimisme est une des plus belles maladies que l’on puisse répandre pour rendre ce monde meilleur.

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Si ton fils lisait cet article, qu’est ce que tu voudrais qu’il en retienne ? 
S’il y a une chose que je veux que mon fils retienne, c’est que son père l’aime et l’aimera toujours, et qu’il est présent chaque jour dans mes pensées.
Il y a ce film de Denzel Washington : « Fences » qui explique la différence pour un homme entre faire et élever des enfants. Se sacrifier pour ses enfants et être un exemple pour eux est primordial. Si un père qui n’a pas fait d’études n’encourage pas ses enfants à faire mieux que lui, qui brisera la chaîne? Ce n’est pas le cas de mon fils. Son grand père est doctorant et son père est diplômé universitaire. Du coup il part même avec une certaine pression!
Pour moi il est vraiment important qu’il sache que son père fait de son mieux pour  lui donner les moyens de réussir. Je veux qu’il sache que son père pense à lui chaque jour, que même loin j’oeuvre pour lui offrir le meilleur et que son avenir est prometteur!

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